Tout savoir sur la Paratuberculose des ruminants (maladie de Johne)
Une infection lente, silencieuse et sans traitement, qui coûte cher bien avant de se voir. Comprendre son mécanisme, savoir la dépister et, surtout, savoir la prévenir.
- Bovins
- Ovins
- Caprins
- Ruminants sauvages
L’essentiel en 5 points
- Une maladie présente sur tous les continents, à transmission oro-fécale, causée par Mycobacterium avium subsp. paratuberculosis (MAP).
- Une incubation très longue : la maladie est silencieuse pendant des années et dite « iceberg » — elle est difficile à diagnostiquer.
- Symptômes principaux : diarrhée (surtout chez les bovins), amaigrissement, faiblesse, et mort.
- Des pertes économiques par diminution de la production de lait et de viande, et par réforme prématurée.[1]
- Pas de traitement : seulement la prophylaxie, en 5 piliers — hygiène des pâturages, hygiène des bâtiments, gestion du fumier, conduite des animaux au quotidien (protection des jeunes en priorité), et vaccination.
La paratuberculose, aussi appelée maladie de Johne, est une maladie infectieuse et contagieuse causée par la bactérie Mycobacterium avium sous-espèce paratuberculosis (MAP). Elle touche les ruminants — bovins, ovins et caprins — mais aussi les ruminants sauvages : cerfs, chevreuils, mouflons.
C’est une maladie à répartition mondiale[2], qualifiée de « silencieuse » ou « iceberg » : pour un animal visiblement malade, le troupeau en compte beaucoup d’autres, infectés et contaminants, mais sans le moindre signe.
Sans traitement disponible, tout se joue sur trois leviers : comprendre le mécanisme de l’infection, dépister au bon moment et appliquer une prophylaxie rigoureuse. Cette fiche les reprend un par un.
1. L’agent responsable : la bactérie MAP
| Organisme | Mycobacterium avium sous-espèce paratuberculosis (MAP) |
|---|---|
| Caractéristiques biologiques | Coccobacille Gram positif, acido-alcoolo-résistant — c’est la coloration de Ziehl-Neelsen, et non le Gram, qui le révèle au microscope. Très similaire au bacille de la tuberculose. |
| Localisation | Intracellulaire, dans les macrophages → difficile à éliminer par le système immunitaire |
| Temps de génération | 2 à 10 jours selon les souches → maladie à développement lent[3] |
| Résistance | De plusieurs mois à plus d’un an dans l’environnement. Conditions favorables : sols humides, sols acides, froid, ombre. |
| Sensibilité | Rayons UV · chaleur · dessiccation. Côté désinfectants, MAP résiste à la plupart des produits courants : seuls les désinfectants tuberculocides sont réellement actifs[4]. |
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Combien de temps survit-elle dans le milieu ?
Ce sont des durées maximales rapportées. La bactérie ne se multiplie pas hors d’un animal : son pouvoir infectant décroît nettement en quelques mois, d’autant plus vite que la parcelle est ensoleillée — l’ombre et l’humidité la conservent.
2. Transmission et épidémiologie
Comment la bactérie circule-t-elle ?
- Voie oro-fécale — voie principale. Par des aliments, des sols ou de l’eau contaminés par des matières fécales.
- Lait et colostrum. Une femelle infectée excrète la bactérie dans son lait et son colostrum. Le risque est démultiplié si les laits de plusieurs animaux sont mélangés : un seul animal infecté contamine alors tout un lot de jeunes.
- Voie transplacentaire. Le fœtus peut être infecté avant même de naître : environ 9 % des fœtus de mères infectées sans symptômes, et jusqu’à 39 % lorsque la mère est en phase clinique[11]. Un veau né d’une mère malade peut donc déjà être porteur.
Qui s’infecte, et quand ?
- Les veaux de moins de 6 mois sont les plus sensibles : leur système immunitaire est encore peu développé.
- Ils s’infectent principalement lors de la tétée, sur des trayons souillés.
- L’infection reste possible chez les animaux plus âgés, mais leur système immunitaire mieux développé permet plus souvent d’éliminer la bactérie.
- La très grande majorité des adultes malades ont été infectés pendant leurs premiers mois de vie — les signes cliniques n’apparaissent que des années plus tard.
Une maladie beaucoup plus répandue qu’on ne le croit
La paratuberculose est rarement visible, mais elle est présente dans une grande partie des troupeaux. Les enquêtes menées en France et en Europe entre 2009 et 2024 donnent, pour les troupeaux laitiers :
des troupeaux infectés
Europe[12]
des troupeaux infectés
Italie, ELISA[13]
des troupeaux infectés
France[14]
Ces chiffres portent sur la proportion de troupeaux touchés, et non sur la proportion d’animaux atteints dans un troupeau donné. À l’intérieur d’un élevage infecté, les enquêtes sérologiques situent la prévalence intra-troupeau le plus souvent entre 3 et 10 % des animaux selon l’espèce, la région et l’ancienneté de l’infection : 3,6 % en moyenne chez les bovins laitiers en Suisse[16], 4,5 % chez les ovins et 5,1 % chez les caprins en Sicile[17], 6,3 % chez les ovins dans les Marches[13], et davantage dans les troupeaux où l’infection est installée de longue date. Ces valeurs sont des planchers : la sérologie ne repère que les animaux déjà avancés dans l’infection et laisse passer une partie des porteurs silencieux. La proportion réelle d’animaux infectés dans un troupeau touché est donc nettement supérieure — c’est tout le sens de l’image de l’iceberg (voir plus bas).
Les ruminants sauvages sont d’importants réservoirs[2] de bactérie MAP : cerfs, chevreuils, mouflons. Leur accès aux pâtures des troupeaux domestiques doit être limité.
La paratuberculose est répertoriée en catégorie E de la loi de santé animale européenne — règlement (UE) 2016/429 et règlement d’exécution (UE) 2018/1882[5] —, c’est-à-dire une maladie soumise à surveillance. Elle n’est ni un danger sanitaire de première ou de deuxième catégorie, ni une maladie relevant d’une police sanitaire : elle n’entraîne ni abattage obligatoire, ni restriction réglementaire de mouvements.
En France, la lutte est volontaire et organisée par les Groupements de défense sanitaire (GDS), autour de deux axes : une garantie de cheptel à faible risque (sécurisation des introductions) et un plan de maîtrise par dépistage généralisé[6]. Il n’existe pas de plan national pour les petits ruminants, mais certains GDS proposent des plans locaux.
3. Mécanisme : les trois phases de l’infection
L’infection suit toujours la même boucle : un environnement souillé par des fèces, un animal qui ingère la bactérie, une multiplication lente dans la muqueuse intestinale, puis une excrétion qui recontamine le milieu (voir le schéma du cycle infectieux, plus haut).
L’une des principales caractéristiques de la paratuberculose est sa très longue période d’incubation. On décompose la maladie en trois phases.
Infection silencieuse
Réponse cellulaire précoce et intense. L’animal est infecté mais n’excrète pas ou trop peu pour être détecté, et reste séronégatif : il échappe aux tests.
Phase transitoire — le combat immunitaire
Apparition de l’excrétion fécale et des anticorps sériques. Les tests PCR et ELISA deviennent positifs, mais la sensibilité reste modérée.
Maladie clinique[2]
Effondrement de la réponse cellulaire, excrétion massive et forte séropositivité. Signes cliniques : diarrhée, amaigrissement, mort.
Les délais indiqués se comptent à partir de l’infection, qui a lieu le plus souvent dans les premiers mois de vie. Ces trois phases se recouvrent d’un animal à l’autre : le rythme est individuel, et aucune date ne s’applique à tout un troupeau. L’incubation va de quelques mois à plusieurs années — les signes apparaissent le plus souvent 2 à 6 ans après la contamination chez les bovins, qui les expriment rarement avant l’âge de 2 ans, et de rares cas surviennent jusqu’à 15 ans après l’infection. Chez les petits ruminants et les cervidés, la maladie peut se déclarer avant un an[4].
Un résultat négatif n’exclut pas l’infection : les tests doivent être répétés et interprétés à l’échelle du troupeau, jamais sur un seul animal isolé.
Ce qui se joue dans l’intestin
L’infection commence par l’ingestion des bactéries, principalement par voie orale, puis leur multiplication dans la muqueuse intestinale. En raison du temps de génération particulièrement long de MAP, la maladie s’installe lentement : l’apparition des symptômes peut prendre plusieurs années, voire ne jamais se déclarer chez certains animaux pourtant infectés.
Les germes sont ensuite phagocytés par les macrophages. Deux issues sont alors possibles :
1. L’agent infectieux est éliminé
L’immunité cellulaire vient à bout de la bactérie. Cette immunité augmente avec le temps — ce qui explique que les veaux s’infectent plus facilement que les adultes, dont le système immunitaire est capable d’éliminer l’agent pathogène.
2. La bactérie résiste
Elle survit à l’intérieur des macrophages, puis se dissémine dans les ganglions lymphatiques régionaux. Les animaux infectés peuvent déjà commencer à excréter des bactéries, sans aucun symptôme visible.
Seule l’immunité cellulaire est efficace contre la bactérie MAP.
Suite à une baisse de l’immunité — souvent causée par un stress, la mise bas ou une infection concomitante — la bactérie se multiplie plus facilement et peut se diffuser dans tout l’organisme, en détruisant principalement l’intestin. S’ensuit une diminution de l’absorption des nutriments, de la diarrhée et un amaigrissement progressif jusqu’à la cachexie et la mort, ainsi que de nombreux autres symptômes.
L’excrétion de la bactérie par les matières fécales est très importante et constitue la principale source de contamination de l’environnement. Cette excrétion peut débuter 2 à 5 ans avant les premiers signes cliniques : c’est pourquoi on parle de maladie « silencieuse ». Les animaux sans signes cliniques sont donc d’importantes sources de transmission — même si l’excrétion reste beaucoup plus élevée chez les animaux présentant des signes cliniques.
4. Pourquoi parle-t-on de maladie « iceberg » ?
Du fait de l’apparition tardive et non systématique des symptômes cliniques, un animal cliniquement malade[2] signifie 15 à 25 autres animaux infectés sans symptômes dans le troupeau, selon le niveau d’infection du cheptel.
On observe chez ces animaux, eux aussi, une excrétion de bactérie ainsi qu’une diminution de la production. Ces pertes sont silencieuses et passent souvent inaperçues, ce qui rend le diagnostic d’autant moins évident.
5. Combien coûte la paratuberculose ?
Parce qu’elles s’installent des années avant le premier animal visiblement malade, les pertes restent le plus souvent invisibles. Rapportées à la carrière d’un animal contaminé, elles se chiffrent pourtant en centaines à plusieurs milliers d’euros.
Perte sur la carrière d’un animal infecté, par animal.
Ce coût additionne plusieurs postes de pertes qui se cumulent tout au long de la vie de l’animal :
- Chute de la production laitière
- Baisse de fertilité et de prolificité
- Retard de croissance et perte de poids (viande)
- Réforme prématurée des animaux atteints
- Mortalité accrue
- Œdèmes, poil piqué, dégradation de l’état général
Ce que perd un animal infecté, filière par filière
Voici la perte sur une année, pour un seul animal infecté : en euros, puis en part de ce qu’il rapporte réellement.
Le produit brut, c’est le chiffre d’affaires généré par l’animal. L’EBE (excédent brut d’exploitation), c’est ce qu’il en reste une fois les charges payées, avant rémunération du travail : c’est là que la perte fait le plus mal.
Perte annuelle par animal infecté et poids de cette perte dans l’économie de l’atelier
Échelle des euros : 0 à 600 € · échelle des pourcentages : 0 à 60 %
Ce que ces montants additionnent : la baisse de production laitière, la réforme précoce, la dépréciation des carcasses, les retours en chaleur et vêlages perdus, et la mortalité.
Tous ces postes se creusent avant la diarrhée, l’amaigrissement et la mort. C’est pourquoi ils sont presque toujours sous-estimés en élevage : quand un animal devient visiblement malade, l’essentiel du coût est déjà passé.
6. Symptômes et lésions[8]
La paratuberculose est une maladie à évolution chronique. Les signes cliniques diffèrent nettement entre les bovins et les petits ruminants.
| Signe | Ce que l’on observe |
|---|---|
| Diarrhée | Signe caractéristique. Constante à intermittente chez les bovins ; rarement observée chez les ovins et les caprins. |
| État général | Perte de poids allant jusqu’à la cachexie · faiblesse généralisée |
| Production | Diminution de la production de lait et de viande · troubles de la production de laine chez les ovins |
| Reproduction | Baisse de fertilité · retours en chaleurs répétés · intervalle vêlage-vêlage allongé |
| Infections associées | Sensibilité accrue à d’autres maladies infectieuses : mammites, métrites |
| Autres signes | Anémie chez les chèvres · œdème sous-mandibulaire (hypoprotéinémie) |
| Signes trompeurs | Appétit normal · peu ou pas de fièvre — l’animal maigrit alors qu’il mange |
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Lésions à l’autopsie
- Entérite granulomateuse
- Muqueuse intestinale congestionnée et œdémateuse
- Lymphadénite régionale
Amaigrissement et diarrhée chronique ne sont propres à aucune maladie. Plusieurs affections donnent le même tableau que la paratuberculose, et l’inverse est tout aussi vrai : beaucoup d’animaux paratuberculeux sont d’abord traités pour autre chose. Le vétérinaire compare donc les hypothèses entre elles.
Les autres causes à considérer :
- Chez les bovins adultes — parasitisme digestif (strongles, paramphistomes, grande douve), déséquilibre de la ration et acidose, carences (cuivre, cobalt, sélénium), salmonellose, BVD / maladie des muqueuses, réticulo-péritonite traumatique, tumeurs et leucose, insuffisance rénale ou hépatique.
- Chez les petits ruminants — parasitisme digestif, mauvais état dentaire, sous-alimentation, carences, maladies chroniques d’allure « dépérissement » (visna-maedi chez la brebis, CAEV chez la chèvre), adénocarcinome pulmonaire.
Ce qui oriente vers la paratuberculose : un animal adulte — les signes n’apparaissent pas chez le jeune, même infecté — qui maigrit progressivement tout en gardant l’appétit, sans fièvre, avec une diarrhée sans sang ni glaires, qui ne répond ni aux traitements antiparasitaires ni aux traitements habituels. Le signal est encore plus fort si d’autres animaux du troupeau ont déjà été réformés pour un amaigrissement resté sans explication : c’est le motif le plus fréquent de découverte de la maladie.
Aucun examen clinique ne permet de trancher : seul un test de laboratoire fait la différence. Dans un troupeau où la question se pose, la paratuberculose mérite d’être recherchée activement plutôt qu’écartée par défaut.
Une fois les symptômes déclarés, l’issue est toujours fatale : il n’existe aucun traitement. Tout se joue donc en amont — sur la prévention et le dépistage précoce.
7. Diagnostic : quelle méthode choisir ?
Quatre approches coexistent, avec des compromis très différents entre rapidité, coût et précision. Le choix dépend de l’objectif choisi : dépistage de groupe, confirmation individuelle, ou suivi d’un troupeau déjà vacciné.
| Méthode | Sérologie sérum / lait (ELISA) | PCR fécale ou environnementale | Culture fécale | Culture + PCR |
|---|---|---|---|---|
| Élément recherché | Anticorps anti-MAP | ADN de la bactérie, recherché dans les matières fécales ou dans un prélèvement d’environnement. Jusqu’à 5 animaux par analyse en mélange, selon le laboratoire. | Présence visible de la bactérie | 42 jours d’incubation, puis PCR |
| Avantages |
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| Inconvénients |
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| Ordre de prix | quelques euros par animal en mélange moins de 10 € en individuel |
environ 40 € en individuel environ 10 € par animal en mélange de fèces (jusqu’à 5 animaux) |
— | quelques dizaines d’euros pour un lot d’animaux |
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Ordres de grandeur 2026, donnés à titre purement indicatif : les tarifs varient fortement selon le laboratoire, le volume et la région. Demandez un devis à votre laboratoire d’analyses.
Les fèces sont incubées 42 jours dans un milieu spécifique des mycobactéries : on y ajoute de la mycobactine, un facteur de croissance dont MAP a impérativement besoin pour pousser, ainsi qu’un antibiotique et un antifongique pour éliminer tout le reste. À 42 jours, on réalise une PCR. On ne repère alors que les bactéries vivantes — c’est tout l’intérêt de la méthode.
Un animal dont le test est négatif n’est pas forcément sain. La sensibilité du test utilisé est à prendre en compte, et un animal en phase silencieuse échappe au dépistage.
Deux limites à connaître avant de prélever[6] : les anticorps apparaissant tardivement, l’ELISA n’est donc pas recommandé sur des animaux de moins de 18 mois ; et la PCR fécale ne détecte que les animaux excréteurs, avec une fiabilité limitée par la répartition hétérogène de la bactérie dans les fèces — d’où l’intérêt de répéter les prélèvements.
Parce que les tests ne voient pas les animaux en phase silencieuse, le moment du prélèvement compte autant que la méthode. Quatre situations justifient de rechercher activement la paratuberculose :
- Avant toute introduction d’animal — c’est la première porte d’entrée de la maladie dans un troupeau indemne
- Devant un adulte qui maigrit sans cause évidente, ou une diarrhée chronique qui ne répond pas aux traitements habituels
- Sur les adultes, à partir de 24 mois : c’est l’âge à partir duquel un dépistage sérologique a une réelle valeur
- De façon répétée — une campagne unique sous-estime toujours le niveau d’infection. Un dépistage annuel du troupeau adulte, dans le cadre d’un plan suivi par le vétérinaire et le GDS, donne une image bien plus juste
Le calendrier précis (quels animaux, à quelle fréquence, avec quel test) se définit avec votre vétérinaire, selon l’objectif visé : confirmer un cas, qualifier le troupeau, ou piloter un assainissement.
Il n’existe aucun traitement. L’objectif n’est donc pas de soigner l’animal atteint, mais de casser la contamination du reste du troupeau. Trois leviers, à mettre en place avec votre vétérinaire.
- 1. Sortir les cas cliniques. Un animal malade excrète massivement : il contamine ses congénères, les bâtiments et les pâtures. Il est isolé, puis réformé prioritairement — le calendrier se décide au cas par cas, en concertation entre l’éleveur et le vétérinaire, selon la valeur de l’animal et l’organisation de l’élevage. Ses descendants ne sont pas gardés pour le renouvellement.
- 2. Dépister puis réformer (« test and cull »). Le cas visible en cache 15 à 25 autres. Un dépistage régulier du troupeau permet d’identifier les animaux infectés et, surtout, les excréteurs, pour cibler les réformes — en commençant par les plus contaminants. En parallèle, les mesures sanitaires (protection des jeunes, colostrum, fumier, pâtures) sont renforcées : sans elles, le dépistage-réforme seul ne suffit jamais.
- 3. Envisager la vaccination. Elle ne guérit pas les animaux déjà atteints, mais elle réduit fortement l’excrétion et les pertes de production, donc la pression d’infection dans l’élevage. Économiquement, elle devient rentable dès 1 à 3 % d’animaux infectés selon la filière — un seuil atteint bien plus souvent qu’on ne l’imagine. Elle est encadrée réglementairement et relève de la prescription vétérinaire (voir plus bas).
Le premier réflexe reste le même dans tous les cas : appelez votre vétérinaire. Il pose le diagnostic, puis c’est en concertation entre le vétérinaire, l’éleveur et le GDS que se définit la stratégie à adopter — rythme de dépistage, ordre des réformes, mesures sanitaires prioritaires — en fonction du contexte propre à l’élevage : niveau d’infection, conduite du troupeau, objectifs et moyens de l’exploitation.
Ce qui arrive
De nouveaux tests diagnostiques sont en cours de recherche et de validation : détection par bactériophages, identification de biomarqueurs[9].
8. Prophylaxie : les 5 piliers[2]
Il n’existe aucun traitement : la prévention reste la meilleure — et la seule — solution. Les cinq piliers ci-dessous se complètent ; aucun ne suffit seul.
1 Hygiène de l’environnement (pâturage)
- Chaux ou amendements calciques sur les sols acides
- Empêcher l’accès des jeunes à l’eau non contrôlée : mares, ruisseaux
- Séparer jeunes et adultes sur les pâturages
- Limiter l’accès des ruminants sauvages aux pâtures et aux stocks d’aliments (clôtures, silos et fourrages protégés)
- Pâture contaminée : pas de ruminants dessus pendant au moins 1 an
2 Hygiène des bâtiments
- Sols propres et secs — raclage mécanique du fumier et du lisier, puis nettoyage haute pression à l’eau chaude, et surtout séchage complet
- Ne comptez pas sur l’eau de Javel seule : MAP résiste à la plupart des désinfectants courants, et survit même à la chloration de l’eau de boisson. Privilégiez un désinfectant tuberculocide — par exemple hydroxyde de sodium (soude), dioxyde de chlore ou acide peracétique à 0,35 % — sachant qu’aucun n’agit sur une surface encore chargée en matière organique[4]
- Isolement immédiat des animaux cliniques, et réforme prioritaire
- Si le troupeau est infecté : séparation immédiate vache laitière / veau
- En allaitant : porter une attention particulière à l’hygiène des mamelles
3 Gestion du fumier
- Pas d’épandage sur les parcelles des jeunes de moins d’un an
- Stockage 6 mois minimum avant épandage ; compostage recommandé
- Nettoyage du matériel en contact
4 Les animaux au quotidien
Priorité : protéger les jeunes
- Marche en avant : dans la journée, s’occuper d’abord des jeunes, puis des animaux plus âgés — jamais l’inverse. On évite ainsi de rapporter la bactérie des adultes vers les jeunes, via les mains, les bottes et le matériel
- Limiter les contacts avec les adultes, surtout si l’infection du troupeau est avérée
- Bâtiments et pâtures séparés
- Colostrum et lait maîtrisés. Le veau reçoit du colostrum propre, prélevé sur une mamelle nettoyée, et issu d’une mère saine. On écarte le colostrum des femelles douteuses, malades ou d’un statut inconnu, et on évite le colostrum et le lait de mélange : un seul animal infecté contamine tout le lot
- Exposition au soleil maximale des pâtures
- Auges et abreuvoirs surélevés en stabulation, pour éviter qu’ils soient souillés par les fèces ; garder les jeunes à l’écart des adultes jusqu’à au moins un an[10]
- Ne pas garder pour le renouvellement les descendants de mères infectées — la transmission intra-utérine est démontrée, et d’autant plus fréquente que la mère est avancée dans la maladie[11]. Ces jeunes sont orientés vers l’engraissement ou la réforme, pas conservés comme futures reproductrices
Et à l’échelle du troupeau
- Sécuriser les achats — c’est la première porte d’entrée de la maladie. Deux vérifications, complémentaires : demander le statut sanitaire du cheptel vendeur (garantie de cheptel à faible risque, historique de dépistage) et tester l’animal par ELISA avant son introduction. Attention : chacune prise isolément a ses limites — un ELISA négatif ne prouve pas qu’un animal est sain, puisqu’il peut être en phase silencieuse. Un animal sain venant d’un troupeau au statut connu reste le meilleur achat
- Alimentation adaptée, pour éviter les carences et les baisses d’immunité
- Antiparasitaires : maîtriser le parasitisme, qui pèse sur l’immunité
- La sensibilité varie selon les races et les individus[2] : une part de résistance est héritable. Aucun index génétique n’est aujourd’hui diffusé en routine en France, mais c’est une piste de travail à moyen terme
5 Vaccination
La vaccination constitue le cinquième pilier de la lutte contre la paratuberculose. Les revues scientifiques récentes la décrivent comme l’une des mesures les plus efficaces et les plus praticables pour réduire l’excrétion de bactérie et les pertes dans un troupeau infecté[9].
Elle ne remplace pas les quatre autres piliers : elle ralentit fortement la circulation de la bactérie sans faire disparaître l’infection, et n’a de sens qu’associée à une prophylaxie sanitaire rigoureuse.
Les vaccins paratuberculose actuellement sur le marché européen ne nécessitent qu’une seule dose à vie. Pour plus d’information à ce sujet, consultez votre vétérinaire.
Le cadre n’est pas le même selon l’espèce, parce qu’il découle de la réglementation tuberculose : la vaccination antiparatuberculeuse peut interférer avec le dépistage de la tuberculose bovine, notamment avec l’intradermotuberculination simple.
- Bovins et caprins — sur dérogation. L’arrêté du 8 octobre 2021 l’interdit par principe, mais son article 39 permet au directeur départemental en charge de la protection des populations (DDPP) de l’autoriser, « sur demande écrite » du propriétaire ou de l’opérateur, sous deux conditions cumulatives[15] : aucune lésion évocatrice de tuberculose constatée à l’inspection post mortem ou à l’autopsie sur un bovin ou un caprin de l’exploitation au cours des douze derniers mois, et des examens de laboratoire ayant mis en évidence l’infection paratuberculeuse dans le troupeau.
- Ovins — libre. Les ovins ne sont pas visés par cette interdiction : la vaccination y relève simplement de la prescription du vétérinaire, sans démarche auprès de la DDPP.
Les modalités pratiques — indications, protocoles par espèce, âge de vaccination, sont détaillées dans notre espace vétérinaire, accessible aux professionnels.
Questions fréquentes sur la paratuberculose
Qu’est-ce que la paratuberculose (maladie de Johne) ?
La paratuberculose, ou maladie de Johne, est une maladie infectieuse et contagieuse des ruminants causée par la bactérie Mycobacterium avium sous-espèce paratuberculosis (MAP). Elle touche les bovins, les ovins et les caprins, ainsi que les ruminants sauvages. C’est une maladie à répartition mondiale, à évolution chronique et à très longue incubation.
Comment se transmet la paratuberculose ?
Principalement par voie oro-fécale, via des aliments, des sols ou de l’eau contaminés par des matières fécales. L’infection du veau par du lait ou du colostrum contaminé est une voie bien documentée — le lait de mélange l’amplifie —, et la transmission transplacentaire est démontrée. Les veaux de moins de 6 mois sont les plus sensibles et s’infectent surtout lors de la tétée, sur des trayons souillés.
Quels sont les symptômes de la paratuberculose chez la vache ?
Une diarrhée constante à intermittente, une perte de poids progressive jusqu’à la cachexie, une faiblesse généralisée et une baisse de la production de lait et de viande. Deux signes sont trompeurs : l’appétit reste normal et il n’y a généralement pas de fièvre. Chez les ovins et les caprins, la diarrhée est rarement observée.
Pourquoi la paratuberculose est-elle appelée « maladie iceberg » ?
Parce que les symptômes apparaissent tardivement et pas systématiquement : un seul animal cliniquement malade signifie 15 à 25 autres animaux infectés sans symptômes dans le troupeau, selon le niveau d’infection du cheptel. Ces animaux excrètent déjà la bactérie et voient leur production diminuer, mais ces pertes passent inaperçues.
Existe-t-il un traitement contre la paratuberculose ?
Non. Il n’existe aucun traitement, et la maladie est toujours fatale une fois les symptômes déclarés. La lutte repose exclusivement sur la prophylaxie : hygiène des pâturages et des bâtiments, gestion du fumier, protection des jeunes animaux et vaccination.
Un test négatif signifie-t-il que l’animal est sain ?
Non. Pendant la phase silencieuse, qui dure souvent plusieurs années, l’animal est infecté mais n’excrète pas ou trop peu pour être détecté, et reste séronégatif : il échappe aux tests. La sensibilité du test utilisé doit toujours être prise en compte, et les résultats doivent être répétés et interprétés à l’échelle du troupeau.
Combien de temps la bactérie survit-elle dans l’environnement ?
Très longtemps : jusqu’à un an et plus sur certaines pâtures, jusqu’à près de deux ans dans l’eau, et 8 à 11 mois dans les fèces de bovins. Ce sont des durées maximales : la bactérie ne se multiplie pas hors d’un animal et son pouvoir infectant décroît nettement en quelques mois, d’autant plus vite que la parcelle est ensoleillée. Les sols humides et acides, le froid et l’ombre la conservent au contraire. C’est pourquoi une pâture contaminée ne doit plus recevoir de ruminants pendant au moins un an.
La paratuberculose est-elle une maladie à déclaration obligatoire ?
Non, pas au sens de la police sanitaire française : ce n’est ni un danger sanitaire de première, ni de deuxième catégorie, et elle n’entraîne ni abattage obligatoire ni restriction réglementaire de mouvements. Au niveau européen, elle est répertoriée en catégorie E de la loi de santé animale (règlement UE 2016/429), c’est-à-dire une maladie soumise à surveillance. En France, la lutte est volontaire et organisée par les Groupements de défense sanitaire (GDS), avec une garantie de cheptel à faible risque et des plans de maîtrise par dépistage. Il n’y a pas de plan national pour les petits ruminants, mais certains GDS proposent des plans locaux.
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Sources scientifiques
Les appels de note [1] placés dans le texte renvoient à cette liste : cliquez sur le numéro pour atteindre la référence.
- Garcia A.B., Shalloo L. « Invited Review: The economic impact and control of paratuberculosis in cattle ». Journal of Dairy Science, vol. 98, n° 8, août 2015, p. 5019-5039. doi:10.3168/jds.2014-9241
- « Paratuberculose ». Preventing with Experts. preventingwithexperts.com
- Elguezabal N. et al. « Estimation of Mycobacterium avium subsp. paratuberculosis growth parameters ». Applied and Environmental Microbiology, vol. 77, n° 24, décembre 2011, p. 8615-8624. doi:10.1128/AEM.05818-11
- « Paratuberculosis (Johne’s Disease) ». Center for Food Security and Public Health, Iowa State University, fiche technique. cfsph.iastate.edu
- Règlement (UE) 2016/429 du 9 mars 2016 (« loi de santé animale ») et règlement d’exécution (UE) 2018/1882 du 3 décembre 2018 établissant la catégorisation des maladies répertoriées. eur-lex.europa.eu
- Anses. « Paratuberculose », fiche « maladies animales », septembre 2023. Le laboratoire de Ploufragan-Plouzané-Niort est laboratoire national de référence pour la paratuberculose (mandats GDS France et OMSA). anses.fr
- « La paratuberculose », plaquette et note de calcul (mai 2026), Melchior Santé Animale et Réseau Cristal — chiffrage établi à partir de références technico-économiques françaises (IDELE, INOSYS Réseaux d’élevage, GDS) et de la littérature internationale. melchior-santeanimale.fr
- Johne’s Information Center, University of Wisconsin. johnes.org
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des éleveurs et des professionnels de la santé animale. Elle ne constitue ni un
diagnostic, ni une prescription. Toute suspicion de paratuberculose doit être
confirmée par votre vétérinaire, seul habilité à établir un diagnostic et à
définir un plan de lutte adapté à votre élevage.
Fiche rédigée par l’équipe technique Melchior Santé Animale · Mise à jour le 19 août 2026.
Photographies cliniques et micrographies : Johne’s Information Center,
University of Wisconsin —
johnes.org/johnes-disease-a-to-z.
Icônes : Delapouite, Lorc, Skoll, sbed, Caro Asercion, Lord Berandas —
game-icons.net,
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