Introduction
Malgré des connaissances de plus en plus précises, les diarrhées néonatales du veau ou ENN sont encore aujourd’hui la première cause de décès des jeunes veaux autant en élevages laitiers qu’en élevages allaitants.
Au-delà du problème de santé, cette pathologie qui survient dans le premier mois de la vie des veaux est avant tout un problème économique qui va impacter profondément le bilan économique des élevages :
La diarrhée plus ou moins liquide induit une perte d’eau et d’électrolytes => déshydratation & perte d’énergie

Multifactorielle mais toujours les mêmes facteurs prédisposants
Les principales sources des germes impliqués sont
I. Etiologie
Si le diagnostic est facile (selles liquides plus ou moins état choc …, il est difficile à identifier la cause à la seule vue de la clinique. Le laboratoire est souvent nécessaire pour la confirmation de ou des agents causals.
Toutefois en fonction de l’historique de l’élevage, l’âge des veaux et de l’aspect physique de la diarrhée on peut avoir des suspicions /orientation sur l’étiologie.
- Virus : 45 à 50% des diarrhées
- Rotavirus, Coronavirus, Torovirus
Causent des altérations morphologiques et fonctionnelles des entérocytes => provoquent une prolifération de la flore bactérienne résidente et un syndrome de malabsorption digestive. Cette infection engendre une perte d’eau et d’ions, ainsi qu’une fermentation du lactose contenu dans le lait au niveau du gros intestin avec production d’acides (acide D-lactique, acides gras à chaîne courte) qui sont en partie résorbés dans le sang et sont à l’origine donc d’une acidose.
- Bactéries : 30 à 35% des diarrhées
- E Coli largement sous diagnostiqué (test ELISA K99)
- Salmonella spp
- Campylobacter
- Clostridium perfingrens type C
- Protozoaires : 20 à 25% des diarrhées
- Cryptosporidies (Cryptospridium parvum)
- Coccidies (Eimeria spp)
Classification des agents pathogène et de leurs pathogénicité :
Classification des Rotavirus
- 7 sérogroupes (A à G)
- 98% des rotavirus appartiennent au groupe A
- Protection croisée
- 8 sérotypes
- G6 est prédominant (> 66% en F et GB)
Classification des coronavirus
- BCoV appartient au genre Betacoronavirus (proche du Virus du SARS-CoV et du MERs CoV humain
- Il y a un seul sérotype mais des différences antigéniques entre les différentes souches ce qui peut expliquer une immunité protective courte
Classification des Colibacilles
- Classification sérologique basée sur les Ag structuraux
- Ag O présents dans l’enveloppe de la bactérie (« LPS »)
- Ag H présents dans les flagelles
- Ag K présents dans la capsule
=> Carte d’identité de la bactérie (intérêt épidémiologique)
Classification par la pathogénicité de la bactérie
- Action locale => Effet cytotonique => Les entérocytes ne sont pas abimés
- ETEC pour Entero Toxinogène E Coli
- F5 (K99) / F17 (FY) ou F41
- Action locale et systémique => Effet cytotoxique
- EPEC pour Entero Pathogénique E Coli
- VETC pour Vero Toxicogénique E Coli
- EPEC sans toxine (dommage local)
- VTEC avec toxine (dommage local et systémique)
- Souche invasive => septicémie ou entérotoxine-like pathologie
- NTEC pour Necro Toxinogène E Coli
- NB un des facteurs d’attachement le plus fréquent est le CS31A mais aussi le FY(F17)
- Colite hémorragique et septicémie
- Cas particulier GEP (Gastro Entérite Paralysante)
II. Physiopathologie des diarrhées
Diarrhée sécrétoire :
Typiquement veau de moins d’une semaine.
Attachement ETEC => production d’entérotoxines => ↗ Secrétions => accumulation d’ions (Na+ et Cl- dans la lumière intestinale => appel d’eau dans la lumière => DIARRHEE très liquide avec déshydratation rapide.
Diarrhée Osmotique avec syndrome de malabsorption :
Typiquement veaux âgés de 2-3 semaines.
Multiplication des Rotavirus, Coronavirus et /ou des Cryptosporidies dans la paroi des entérocytes => Destruction des villosités essentiellement dans la partie haute du TD => prolifération de la flore résidente de EColi => ↘ Absorbtion => DIARRHEE plutôt pâteuse.
Le syndrome de malabsorption (Lactose et lipides) est du à l’altération de la membrane apicale des entérocytes => réduction des enzymes de la bordure en brosse dont la lactase => arrivée du lactose non digéré dans le colon => fermentation par la flore colique +> reduction des co-transport apicaux Na+ /AA et Na+ /Oses.
Forme septicémique :
Cet ensemble de perturbations créent , d’autant plus que le traitement a été tardif, une inflammation forte de la paroi qui peut conduire à une bactériémie par translocation des bactéries du tube digestif => septicémie => principal risque de mortalité.
La population à risque est les veaux âgés de moins de 7 jours sans colostrum ou avec un mauvais transfert d’immunité passive.
Quelle que soit l’origine de la diarrhée, cela se traduit par une déshydratation par perte d’eau et une acidose métabolique.


Aide au diagnostic des diarrhées néonatales
Diarrhée et âge du veau :
Les diarrhées néonatales peuvent avoir diverses origines : identifiables à l’aide de l’aspect de la diarrhées, des symptômes associés et de l’âge du veau.

D’après Pr Yves Millemann

Diarrhée en fonction de l’étiologie :




III. Traitement des diarrhées
A – Nursing
- Prévenir l’hypothermie : Maintien du veau en environnement secet chaud pour limiter la dépense énergétique de thermorégulation.
- Alimenter le veau : Maintien impératif de l’apport lacté pour fournir l’énergie nécessaire à la villogenèse et éviter l’atrophie de la muqueuse intestinale.
B – Thérapeutique liquidienne

Pas de déshydratation ou déshydratation légère = Perte de PV < 5%
- Continuer l’alimentation lactée : source d’énergie
- Réhydratation orale dès les premiers signes de diarrhée, avec une solution tamponnée ayant un SID élevé
- Cette solution réhydratante doit être distribuée à distance de l’alimentation lactée
- Un SID élevé permet une correction rapide de l’acidose ainsi que le traitement de la fuite électrolytique
Déshydratation sévère = 5 à 8% du PV
- Idem sauf si reflexe de succion a disparu => utilisation d’une solution riche en énergie et en électrolytes par voie IV
Déshydratation très sévère = Perte PV > 8%
- Perfusion lente de minimum 4 litres de solution
- Plus voie orale en respectant un délai de 8-12h entre la perfusion et la solution orale
C. Autres traitements :
Au vu de la diversité des étiologies (virales, parasitaires, bactériennes ou nutritionnelles), les bactéries ne sont pas systématiquement à l’origine de la diarrhée du veau. L’administration d’antibiotiques doit être rigoureusement raisonnée et réservée aux cas où des prélèvements bactériologiques confirment la présence de germes pathogènes sensibles, ou en présence de signes d’atteinte systémique (septicémie, omphalite, hyperthermie). Cette démarche permet de limiter le développement de l’antibiorésistance et de préserver le microbiote intestinal.
En complément de la réhydratation — qui reste la priorité absolue —, d’autres options thérapeutiques peuvent être mises en place après évaluation vétérinaire :
- L’immunothérapie passive orale : l’administration d’anticorps spécifiques (immunoglobulines) par voie orale permet de neutraliser directement les agents pathogènes majeurs ciblés dont Rotavirus et Coronavirus dans la lumière intestinale et d’empêcher leur adhésion aux entérocytes. C’est un levier clé, notamment en cas de déficit de transfert d’immunité passive/colostrale ou de forte pression infectieuse au sein de l’élevage.
- Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : pour réduire la douleur viscérale, combattre l’hyperthermie, prévenir le choc endotoxique et encourager la reprise rapide de la buvée.
- Les pansements intestinaux : pour protéger physiquement la muqueuse intestinale et adsorber les toxines luminales.
MENTIONS LÉGALES ET MENTIONS D’INFORMATION
Cette fiche est un document d’information scientifique à destination des éleveurs et des professionnels de la santé animale. Elle ne constitue ni un diagnostic, ni une prescription. Toute suspicion d’entérite néonatale ou de déshydratation sévère doit être évaluée par votre vétérinaire, seul habilité à établir un diagnostic et à prescrire le traitement adapté à votre élevage.
Fiche rédigée par l’équipe technique Melchior Santé Animale · Mise à jour le 1er septembre 2026.
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